Une bonne gestion, c’est certainement alléger le poids de la dette départementale. En effet, l’encours de dette diminue, de moins 1,8 %, nous sommes bien loin de la révolution, c’est vrai, mais on peut tout de même y voir une bonne nouvelle. Mais cet objectif, au prix de quels sacrifices est-il atteint ?

Le Compte Administratif est la parfaite illustration de vos choix politiques. Et notamment, celui de réduire au forceps les dépenses de fonctionnement. Aucun budget thématique n’échappe à votre cure d’austérité, hormis dans une certaine mesure l’insertion, qui augmente pour des raisons de détérioration de la situation économique, mais dont vous avez quand même fortement limité la croissance par rapport aux années précédentes.

Quels sont les principaux budgets en baisse ? - l’enfance-famille-jeunesse (moins 15 millions d’euros) - les personnes handicapées - la prévention-santé - l’éducation en section de fonctionnement (moins 6 millions d’euros) - les ressources humaines (moins 6,4 millions, malgré le GVT et malgré la hausse du point d’indice).

Voici donc la liste des publics que la majorité a décidé de sacrifier sur l’autel du soi-disant « sérieux budgétaire » ! Voilà ce que signifie concrètement la réduction des dépenses de fonctionnement. Les publics les plus vulnérables, ceux qui ont le plus besoin de l’accompagnement départemental, sont aussi ceux qui seront les plus touchés par vos restrictions, et seront donc condamnés à plus de vulnérabilité encore !

Notre Groupe a toujours demandé à ce que les budgets consacrés aux publics les plus en difficultés, coeur de cible de l’action départementale, soient sanctuarisés. Vous faites d’autres choix. Les contraintes budgétaires ne peuvent cependant pas tout justifier. Ce sont bien des arbitrages idéologiques qui distinguent votre politique, celle de la droite et du centre, de celle de la majorité précédente.

Autre marqueur de cette différence, comme si tous ces coups de rabot n’étaient pas suffisants, vous vous en êtes pris aussi au porte-monnaie des ménages nordistes avec la hausse de la fiscalité locale décidée l’an dernier. + 4,4 points de taxe foncière sur le bâti, cela a représenté, rappelons-le, près de 75 euros supplémentaires en moyenne par foyer, qui n’ont pas disparu cette année. C’est la définition de la double-peine : s’acquitter de plus d’impôts pour bénéficier de moins de services publics. Les Nordistes sont plus fortement mis à contribution mais peuvent de moins en moins attendre de soutien de leur Département.

Votre message politique aux Nordistes est clair : vous êtes là pour veiller à ce que 1 + 1 fassent 2, peu importe que l’unité considérée soit un euro, un allocataire, une association ou une commune. Dans ces conditions, laissez-moi vous dire que vous êtes les seuls à concourir au titre de meilleur gestionnaire !

Nous entendons Monsieur le Vice-Président aux Finances se féliciter d’avoir réalisé 94 millions d’euros d’économies de fonctionnement. Peut-on ainsi se tourner vers les Nordistes, leur dire que le Département a dépensé pour eux 94 millions d’euros en moins l’an passé, et s’attendre à une acclamation ?

Non, ce n’est pas notre conception d’une action publique ambitieuse, volontaire, porteuse de projets. Nous ne voulons pas d’un Département qui se recroqueville sur lui-même, mais d’un Département interventionniste, aux prises avec les défis des territoires et des hommes.

Car si la marque que vous imprimez d’entrée de jeu au cours de votre première année de mandat est tellement empreinte de restrictions, à quoi va ressembler la suite, « l’avenir » que j’évoquais en citation ?

D’autant que, hier et aujourd’hui, la suite sera en grande partie dictée par le cadre financier fixé par le Gouvernement chargé de décliner le programme du candidat Emmanuel MACRON. Une chose est certaine, cela n’arrangera en rien les affaires des collectivités locales et des départements en particulier.

Même si, lors de son discours d’investiture en tant que Président de la République, Emmanuel MACRON a été moins incisif, nous savons qu’il en a été ainsi de ses prédécesseurs et qu’ils ont finalement mis en place, sans interruption depuis le Gouvernement de Jean-Pierre RAFFARIN, un assèchement méthodique des finances locales et un effacement organisé des collectivités de proximité. Depuis des décennies, les gouvernements successifs ont inscrits leurs pas dans ceux d’une construction européenne visant à mettre en concurrence les territoires, à casser les services publics au profit des intérêts privés. Emmanuel MACRON entend même amplifier ce mouvement.

Les collectivités savent donc à quoi s’attendre. Après un quinquennat HOLLANDE marqué par une baisse sans précédent des dotations aux collectivités, privées de 10 milliards d’euros en trois ans, dont 90 millions d’euros de ponction cumulée dans le Nord, son successeur propose la même purge étalée sur cinq ans, en essayant d’y mettre les formes. Nous ne sommes pas dupes. Aucune rupture n’est à attendre avec l’austérité qui s’abat sur les dépenses publiques, pourtant indispensables à l’essor des territoires.

Le Président MACRON entend réunir tous les semestres le Gouvernement et les associations de collectivités dans une vaste « conférence nationale des territoires », destinée à élaborer un nouveau « pacte de confiance ».

En guise de confiance réciproque, Emmanuel MACRON veut surtout donner l’illusion aux collectivités qu’elles participent à la définition de la trajectoire d’évolution des dépenses locales. Il mise donc sur des collectivités qui décideraient par elles-mêmes de réduire leurs propres dépenses de fonctionnement, donc de se faire hara-kiri ! Cela ne tiendra pas la route, à moins que les Présidents des associations de collectivités ne soient à leur tour envoutés par Emmanuel MACRON et ne se fassent demain les porte-parole zélés de politiques qu’ils ont combattues sous François HOLLANDE…

Autre sujet de préoccupation pour nous tous et pour les Nordistes, la disparition annoncée d’un quart des départements de France, ceux dans lesquels existe une métropole. Avec la présence dans le Nord de la Métropole de LILLE, nous pouvons nous attendre au pire en termes d’éclatement territorial ! Pour un Président qui s’est officiellement fixé comme objectif la « réconciliation de tous les territoires », cela part sur de très mauvaises bases.

Les premiers transferts de compétences à la MEL ont été imposés par les lois NOTRe et MAPTAM, mais ce n’était que le début ! Sur le modèle du Département du Rhône, abandonné par la Métropole de LYON, à l’instigation de l’actuel Ministre de l’Intérieur, aurons-nous droit à un Département du Nord coupé en deux, les Flandres d’un côté, le Douaisis-Cambrésis-Avesnois de l’autre ?

Avec une perte de ressources colossale pour un Département devenu coquille vide, cela témoigne bien de la vision territoriale à deux vitesses du nouveau Président de la République : d’un côté, les métropoles où se concentre le dynamisme économique et culturel ; de l’autre, la ruralité et les villes moyennes, destinées à rester à l’écart. Nous n’accepterons jamais que soient entérinées de telles inégalités de développement territorial.

Les autres orientations du Président MACRON devraient en revanche vous ravir, Monsieur le Président. Il en va ainsi de la suppression de 70 000 postes de fonctionnaires territoriaux sur cinq ans et de la fin de la hausse unilatérale du point d’indice. Cela vous permettra d’afficher, avec toujours plus de satisfaction, le nombre de CDD supprimés et donc de personnes envoyées au chômage, ainsi que le nombre de postes permanents disparus et donc les missions de service public correspondantes détruites. Ou encore, les économies réalisées sur le déroulement de carrière des fonctionnaires, qui doivent répondre à l’injonction contradictoire d’être motivés tout en stagnant dans leurs rémunérations et leurs responsabilités.

Existe-t-il trop de travailleurs sociaux, trop d’agents à la MDPH ? Y a-t-il trop de services publics de proximité dans le pays ? Y a-t-il vraiment trop de démocratie locale en France ? Dans les autres fonctions publiques, y a-t-il trop d’infirmiers dans les hôpitaux, trop d’agents à la CARSAT ou dans les CPAM ? Toutes les missions de ces travailleurs ne pourront jamais être remplacées par des plates-formes numériques, à moins que l’Etat ne décide en connaissance de cause d’abandonner une partie de ses citoyens.

Sous couvert de modernité, ce sont les mêmes vieilles recettes que propose le Président de la République, celles qui ont échouées pour le plus grand nombre, celles qui ont admirablement bien fonctionné pour le grand capital et la finance mondialisée. Pierre GATTAZ, le Président du MEDEF, ne s’y est pas trompé puisqu’il dit « être sur un nuage » depuis le 7 mai.

Monsieur le Président, vous avez refusé la tenue d’un débat de politique générale suite à l’élection présidentielle. Il y avait pourtant matière à débattre, dès à présent, et spécifiquement sur l’avenir des collectivités locales, comme je l’ai évoqué. Mais peut-être préférez-vous ne froisser personne pour l’instant, dans cette période de fortes turbulences au sein des formations politiques ?

Le Groupe Communiste, dans les prochaines semaines, prendra toute sa part à la résistance contre les passages en force visant la régression des droits des travailleurs, au rassemblement des forces progressistes et à l’émergence d’une alternative à l’austérité et au règne de la finance.

Nous vous redisons notre disponibilité pour mener, avec tous les élus qui ne se résignent pas, le combat pour que notre Collectivité dispose des moyens de répondre aux attentes des Nordistes. Cette lutte, il faut l’amplifier auprès du Gouvernement, auprès du Chef de l’Etat et créer le rapport de force pour de vraies avancées. Faire progresser les collectivités, c’est faire progresser le pays tout entier. Nous ne baisserons pas les bras.

Notre Groupe votera le Compte de gestion rendu par le Payeur départemental et votera contra le Compte Administratif 2016 ainsi que la DM1.