Pourtant, la réduction des dotations de l’Etat aux collectivités, en plus de l’injustice sociale qu’elle représente, est un non-sens économique. Une étude de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), expliquait qu’entre 2010 et 2015, donc sous les Présidences SARKOZY puis HOLLANDE, ce sont les ménages qui ont payé le prix fort des politiques de réduction des déficits : les prélèvements obligatoires sur les ménages ont augmenté de 66 milliards d’euros, alors que ceux qui sont appliqués aux entreprises n’ont progressé que de 8 milliards d’euros. On constate les funestes effets de ces choix politiques sur la courbe du chômage et sur la consommation des ménages…

Quand on sait que 152 600 foyers sont couverts par le RSA dans le Nord, comme reflet de la dégradation du marché de l’emploi et de la situation sociale des habitants, la décision de l’Etat de priver les départements de leurs ressources relève de la non-assistance à personnes en danger. C’est intolérable de la part d’un Gouvernement élu en 2012 par une majorité de Français qui voulaient voir leur vie s’améliorer.

Ce Compte administratif est certes une énième traduction des difficultés structurelles du Département. Mais il s’agit aussi du premier bilan de l’action de la majorité départementale de droite et du centre, suite au changement de majorité de mars 2015. Et il est marqué du sceau de l’austérité.

De ce point de vue, reconnaissons que les orientations sont bel et bien différentes entre la droite et la gauche. Cela a le mérite de la clarté. Vous appliquez votre programme idéologique, celui de la droite.

Nous voyons là le détail de votre premier plan d’économies sur le fonctionnement. Vous en faites fièrement votre marque de fabrique. Pour cette partie du document, les comparatifs budgétaires ne manquent pas.

Un premier rabotage de 60 millions d’euros a donc été imposé l’an dernier aux politiques départementales. Vous en faites évidemment supporter les premières mesures aux agents départementaux. Vous l’aviez d’ailleurs annoncé dans votre programme des élections départementales. Le personnel est donc pressurisé à travers un tour de vis sur les effectifs et les recrutements externes. Sachant que 2015 n’a été qu’un début.

En dehors des restrictions sur les fournitures, les frais de déplacement et la maintenance, il faut noter votre souci particulier de tailler dans les subventions aux associations, notamment celles du monde culturel et de l’action sociale. A chaque fois, cela a suscité une levée de boucliers du secteur associatif, déjà en proie à de nombreuses difficultés et à une succession de désengagements, d’abord de l’Etat puis maintenant du Département. Rappelons pourtant que les associations représentent 10 % des emplois du secteur privé. En plus du lien social, c’est aussi l’emploi local que vous décidez de fragiliser.

En ce qui concerne vos plans d’économies réalisées sur le dos du Service public départemental, notre position est claire : ils sont une injustice car ils amplifient les inégalités. En effet, ils pénalisent avant tout les plus modestes, ceux qui n’auront pas les moyens de compenser la réduction des services publics de proximité par un recours aux services privés. Vous abandonnez une partie des Nordistes, les plus vulnérables, sur le bord du chemin.

Deuxième axe fort de l’empreinte de la droite sur le budget départemental : la diminution des investissements de 100 millions d’euros en 1 an ! De 287 millions en 2014, ils ont péniblement atteint 185 millions en 2015.

Mais là, étrangement, et contrairement aux détails de la section de fonctionnement, les comparatifs budgétaires disparaissent. Qu’à cela ne tienne, nous allons nous en charger : - moins 41 millions d’euros pour la voirie, - moins 33 millions pour les collèges, - moins 4,5 millions pour les fonds d’intervention aux communes (FDAN et FDST).

Ce coup de froid sur les investissements constitue une catastrophe pour l’activité économique locale, notamment dans le BTP. C’est aussi une catastrophe pour l’avenir des Nordistes et le développement des territoires. Tordons le cou une fois pour toutes à cette fausse idée que l’investissement public, et l’endettement qui en est la condition nécessaire, seraient synonymes de mauvaise gestion. Ils sont, au contraire, indispensables pour l’amélioration du patrimoine que nous léguerons à la jeunesse et l’essor de la vie économique, vecteur d’emplois.

Non, il n’y a pas de fatalité à l’austérité. D’autres choix sont possibles et finançables, si une volonté politique existe. Le scandale des « Panama papers » et de tout cet argent de l’évasion fiscale qui échappent au bien commun l’ont malheureusement illustré. Il est urgent d’agir, de changer de cap pour engager un véritable partage des richesses tourné vers la satisfaction des besoins humains et le progrès social.

Nous sommes convaincus que c’est à partir de l’échelon local que nous pourrons faire reculer la défiance profonde des électeurs envers des institutions qui, par leurs choix politiques, se rendent incapables de répondre aux attentes des habitants. Se priver de cet outil de démocratie de terrain est le plus sûr moyen de continuer à voir prospérer les idées de haine et d’exclusion.

Nous ne partageons pas les orientations qui transparaissent dans ce CA. Plutôt que de vous enfermer dans le dogme de l’austérité, nous enjoignons nos collègues de la majorité de faire la preuve que des choix politiques peuvent améliorer la vie des gens.

Notre Groupe s’abstiendra sur le Compte administratif 2015 et votera le Compte de gestion rendu par le Payeur départemental.