Vous confirmez qu’aucune inflexion ne vient desserrer l’étau de ce que vous appelez pudiquement « la maitrise des dépenses de fonctionnement » et qui consiste en un véritable plan d’économies affectant tout le fonctionnement de notre Collectivité. Au final, en bout de chaîne, ce sont les Nordistes les plus fragiles, le monde associatif, les communes rurales, qui paient l’addition et qui continueront à subir les effets de vos restrictions dans les années à venir. L’impact d’une telle politique d’austérité départementale sera humainement catastrophique. Nous vous l’avions dit dès 2015, après l’annonce de vos premières mesures, et nous vous le réaffirmons.

Vous faites le choix de faire primer les chiffres et les ratios sur l’humain. Même ce qui aurait pu être considéré comme une tentative de protestation contre l’asphyxie des finances départementales n’a pas fait long feu. Au budget primitif, vous assuriez bloquer les crédits inscrits pour le versement du RSA en 2017 à la même hauteur que ceux de 2016.

Octobre 2017, fin du faux suspens. Le RSA est bel et bien abondé et 12 mois seront financés (1 mois de 2016 et 11 mois de 2017). Vous avez fait mine de montrer les muscles en février dernier. Aujourd’hui vous remballez les revendications, à la faveur d’une nouvelle aumône gouvernementale d’une part et d’une diminution conjoncturelle du nombre d’allocataires du RSA d’autre part et sur laquelle il y aura, là aussi, un bilan à faire le moment venu.

En effet, l’Etat a octroyé un énième fonds de soutien plus du tout « exceptionnel » aux Départements en difficultés. Le Nord se voit gratifier de près de 25 millions d’euros, c’est-à-dire seulement 10 % d’un reste à charge estimé à près de 235 millions d’euros pour le seul RSA en 2017. Une pacotille !

Mais cela vous suffit pour équilibrer les lignes et cela vous satisfait donc pleinement. Sauf que le Projet de loi de finances pour 2018 défendu par le Gouvernement PHILIPPE, un de vos anciens amis politiques, prévoit la suppression totale de ce fonds de soutien… Les combats que vous renoncez à mener aujourd’hui et pour lesquels nous sommes toujours disponibles, vous en paierez les conséquences demain.

Votre deuxième facteur explicatif est la baisse du nombre d’allocataires du RSA. Vous vous en attribuez les mérites, c’est de bonne guerre. Vous récolteriez en quelque sorte les fruits de votre politique de retour à l’emploi des allocataires du RSA. Mais si la tendance est réelle, elle s’observe avant tout au niveau national : d’après la Caisse Nationale d’Allocations Familiales, ce sont moins 3,8 % de foyers allocataires du RSA socle constatés entre mars 2016 et mars 2017. De ce point de vue-là, la dynamique que connaît le Nord n’est pas différente de celle que connaissent d’autres départements, alors qu’ils ne mènent pas la même politique… Dans ces conditions, peut-on sérieusement évoquer un « effet Union pour le Nord » sur le RSA ? Cela reste à voir. Et il faudra en faire le bilan humain. D’autant que la décision du Gouvernement de diminuer le nombre de contrats aidés va faire grimper à nouveau le nombre d’allocataires du RSA.

En définitive, ce qui ressort de ce rapport, c’est que les difficultés financières sont là, mais que vous vous en accommodez. Dans ce budget supplémentaire, rien ne transparait de votre volonté de mener le combat pour obtenir des moyens financiers pour le Département et sa population.

En revanche, dans les interviews à la presse et les éditos du magazine « Le Nord », vous savez vous montrer plus offensif contre certains aspects de la politique gouvernementale, Monsieur le Président. Pas concernant les ordonnances cassant le Code du Travail, puisque vous avez annoncé y être favorable. Mais pour vous démarquer, comme commencent à le faire vos collègues Présidents de Régions, vous entendez jouer la carte de l’opposition des territoires.

Ce faisant, vous n’allez pas jusqu’à rappeler que votre candidat de la droite et du centre à l’élection présidentielle, François FILLON, promettait lui aussi un traitement de choc contre les collectivités locales, avec au départ moins 20 milliards d’euros et à l’arrivée 7,5 milliards d’euros, élection oblige ! Vous ne rappelez pas non plus que Nicolas SARKOZY et sa majorité parlementaire, dont vous faisiez alors partie, sont responsables de la création du RSA et de la suppression de la Taxe Professionnelle, deux réformes dont notre Département continue de payer aujourd’hui les conséquences.

Et Emmanuel MACRON ne fait que poursuivre dans cette voie de l’asphyxie des finances locales, inscrivant ses pas dans celui de ses prédécesseurs depuis des décennies pour répondre aux exigences de l’Union européenne. Ce n’est assurément pas le quinquennat de François HOLLANDE qui me contredira. Pour condamner fermement l’action de ce nouveau Président, vous êtes contraint de faire le pari de l’amnésie collective sur les politiques de la droite lors des mandats CHIRAC et SARKOZY !

Emmanuel MACRON entend obliger les collectivités à limiter leurs dépenses de fonctionnement, à travers un pacte territorial de moins en moins librement négocié avec les Préfets. Serait-ce un retour à la tutelle de l’Etat d’avant 1982 ? Il affiche un objectif intenable de 13 milliards d’euros d’économies de fonctionnement sur 5 ans, mesuré par rapport à leur hausse tendancielle. En cela, il n’y a aucune nouveauté, il s’agit de serrer le garrot toujours plus pour les collectivités, les 319 plus grandes d’entre elles comme les autres. En ce sens, le Président de l’ADF, Dominique BUSSEREAU, a raison de refuser toute signature d’un pacte territorial avec l’Etat tant que ne sera pas réglée la question de la recentralisation du RSA notamment, ainsi que celle des mineurs non accompagnés.

Si cette recentralisation du RSA reste, en paroles, un souhait du Président de la République, aucune piste ne se dégage pour éviter l’impasse connue lors des négociations avec le Gouvernement VALLS. Le possible retrait des dispositifs d’insertion de la compétence départementale complique même la donne et interroge sur le sort qui sera réservé à la population la plus précaire.

Pourtant, nous ne pouvons pas nous résoudre à ce que rien ne change pour les collectivités et pour les Services publics de ce pays.

Les seuls combats perdus d’avance sont ceux qu’on refuse de livrer. La mobilisation peut payer : elle débute pour les contrats aidés, elle continue pour le Canal Seine Nord, elle doit se faire pour les finances locales.

Les nécessaires dépenses publiques touchent directement le quotidien des gens. Elles affectent la qualité de l’hébergement des personnes en perte d’autonomie et des mineurs protégés, la scolarité de nos collégiens, les délais de paiement aux associations et aux établissements, le nombre de projets d’aménagement soutenus dans les communes, les conditions de travail des agents…

Il faut engager le combat pour redonner aux collectivités les moyens d’assumer leurs missions.

Cela passe par une autre répartition des richesses que celle développée par le Président MACRON, au service du MEDEF et des plus riches du pays. Le premier budget de l’ère MACRON, le projet de loi de finances pour 2018, prévoit pas moins de 12,8 milliards d’euros de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises. Alors qu’en même temps, les dépenses publiques, patrimoine de ceux qui n’en ont pas, seront amputées de 16 milliards d’euros. Voilà le comble de l’injustice pour les plus fragiles : quand on ne taxe plus les yachts et les lingots d’or, on baisse les APL, on ponctionne les retraités et les fonctionnaires, on tue l’hôpital public, on supprime des contrats aidés et on se désengage pour le Canal Seine-Nord ! Quelle honte que ce budget des riches !

Et après cela, on voudrait nous faire croire que l’Etat ne peut pas mettre 1 milliard d’euros dans le Canal Seine-Nord Europe ? Ce serait encore aux collectivités de payer à la place de l’Etat ? La prudence reste de mise dans ce dossier. Comme le disait Jacques CHIRAC, « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent »…

L’indignation est la même concernant la nouvelle politique gouvernementale du logement : les coups portés aux bailleurs sociaux font peser des menaces supplémentaires sur nos finances, avec les garanties d’emprunts que nous avons octroyées pour faciliter la construction de logements !

L’argent existe dans le pays pour mener d’autres politiques au service de l’humain.

L’austérité n’est pas une fatalité, c’est un choix délibéré de ce Gouvernement. La dépense publique, la dette publique ne sont pas des gros mots, elles permettent au contraire le développement de l’économie, des territoires et des solidarités humaines.

A l’heure où les gouvernants s’emploient à étouffer le pays, au niveau national comme au plan local, il serait salutaire de s’en souvenir et d’agir, enfin, pour mettre l’argent au service du plus grand nombre.

C’est le sens de notre action au sein de l’opposition départementale.

Nous voterons contre le budget supplémentaire.